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PIB de la France de 1950 à 2013 : vers un nouveau paradigme pour la Gauche

Voici présentés ci-dessous deux graphiques donnant l’évolution du PIB de la France depuis 1950.

PIB_France1950_2012

PIBFrance-decennies

Le premier graphique est issu des données que l’on trouve sur le site de l’INSEE et il présente l’évolution annuelle du PIB en %. Dans le second graphique, j’ai tracé, à partir des premières données, la même évolution (PIB en fonction du temps depuis 1950) mais en moyennant les valeurs de PIB annuel par décennie. Cette approche permet de présenter de façon encore plus claire le résultat.

Voilà sans doute pourquoi tous les programmes politiques depuis 40 ans sont des échecs : notre modèle de développement est basé exclusivement sur un principe de croissance (elevée) du taux de PIB annuel.

Or, depuis près de 40 ans (les faits sont là) la croissance en France n’a cessé de diminuer passant de près de 6% (en moyenne !!) dans les années 1960 à 4,2% dans les années 1970, pour atteindre 2,3% dans les 1980, puis 1,9% dans les années 1990 et 1,3% par an dans les années 2000. Depuis le début des années 2010, sans compter 2014 où nous sommes à 0% depuis le début de l’année, la moyenne est à 1% de croissance du PIB par an.

Ces deux graphiques montrent clairement que la croissance après laquelle on nous fait courir est en diminution continue depuis près de 50 ans et « faible » (moins de 2% par an en moyenne) depuis les années 1990 (c’est-à-dire près de 25 ans).

Nous pourrions cantonner ces variations de taux de PIB à des variations d’un indice un peu flou, un peu lointain de nos préoccupations quotidiennes mais le problème principal est que tout notre modèle de développement est basé sur ce fameux taux de croissance. Donc depuis 40 ans, nous courrons après quelque chose qui, structurellement, et peut-être même mécaniquement, est orienté à la baisse jusqu’à tendre vers des valeurs de 1% par an (ce qui n’est déjà pas si mal mais nous y reviendrons plus tard).

Voilà sans doute une des raisons premières, pour moi, qui justifie de l’urgence de réfléchir à une organisation nouvelle de nos rapports sociaux, économiques, politiques, en intégrant le fait que dans nos pays « développés » les besoins de croissance matérielle, au sens strict du PIB, ne peuvent être aussi forts qu’ils l’ont été pendant les 30 glorieuses.

Il est nécessaire de se pencher sur un modèle de développement visant à atteindre une prospérité pour tous avec une croissance faible : voilà ce qui devrait être notre nouveau paradigme de Gauche.

Carnac, août 2014 : une enclave à la crise ?

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Cette année, pour les vacances d’été en famille, nous avons choisi de découvrir la Bretagne ou plutôt une partie de la Bretagne. Après quelques heures de recherche sur internet, nous avons fini par trouver un camping familial, à prix abordable et dans une partie de Bretagne qui nous permettait de rester en dessous des 10 heures de route. Nous nous sommes ainsi retrouvés en ce début du mois d’août 2014 dans le village de Carnac, dans le Morbihan.

Au passage, pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une très belle région où nous avons découvert de magnifiques paysages, mêlant océan bien sûr, côte sauvage, balade sur les plages, sites préhistoriques…

Un autre aspect de la région de Carnac m’a aussi interpellé. En effet, cela faisait longtemps que je n’avais pas rencontrer autant d’embouteillages aux entrées et sorties de plage : des centaines, des milliers de voitures affluaient ainsi chaque jour, que ce soit sur la presqu’île de Quiberon, sur la baie de Quiberon à Carnac où dans les autres communes alentours. Un flux et reflux au rythme des grandes marées de l’année en quelque sorte. Bref, beaucoup, beaucoup de monde. Un article du quotidien local titrait d’ailleurs en substance : « Saint-Pierre : bon bilan pour le tourisme ». En allusion à Saint-Pierre de Quiberon, un village situé sur la presqu’île, juste avant Quiberon. Lorsque les professionnels tirent eux-mêmes de bons bilans en début de mois d’août, cela laisse habituellement présager que les scores enregistrés sont mêmes très bons.

Bien sûr, cela reste empirique mais j’ai quand même pris le temps d’observer : que ce soit les terrasses de restaurants, les files d’attente devant les marchands de glaces, les files d’attente pour prendre les bateaux pour aller visiter Belle-île : le succès m’a semblé incroyable. Les terrasses de restaurant, à Carnac-Plage, à Quiberon, étaient bondées tous les après-midi, avec des gens sirotant des cocktails, mangeant des glaces ou de copieux plateaux de fruits de mer, à toute heure de l’après-midi. Idem devant les marchands de glaces : des files de dizaines de personnes attendant pour s’offrir une sucrerie glacée malgré les températures faibles pour la saison. Les allers et venues des bateaux pour Belle-île étaient également éloquents : des bateaux toutes les 30 minutes environ, bondés, partaient et revenaient de l’île. Alors, certes, il paraît que la visite de l’île vaut le coût. Après avoir recherché les meilleures offres pour la traversée, nous n’avons rien trouvé à moins de 20 euros par personne pour un aller-retour sur la journée. A six, nous avons fait le choix de rester sur le continent. Des milliers de personnes, chaque jour, déboursaient donc la somme minimale de 20 euros pour aller découvrir Belle-île. Prohibitif pour une grande partie des familles.

Les vacances sont pour moi un moment privilégié de lecture de presse. Et donc, dans le même temps que je constatais cette foule immense de vacanciers qui consommaient des restaurants, des glaces, du bateau, je lisais la presse nationale. Un jour, un article donnait les derniers chiffres des départs en vacances pour cette année : 47% des français ne partiront pas en vacances cet été. C’est-à-dire presque un français sur deux, restera à la maison pendant ces 2 longs mois d’été. En extrapolant, cela signifie que près d’un enfant sur deux n’aura (presque) rien à raconter à ces camarades de classe à la rentrée, n’aura pas enrichi son « paquetage » culturel ; un enfant sur deux sera resté de l’autre côté de la crise, du côté où l’on ne consomme pas, du côté où l’on ne part pas en vacances. Cet état de fait est un terrible amplificateur d’inégalités.

Un autre jour, un autre article revenait sur les taux de croissance de la zone euro et de différents pays de la zone pour le deuxième trimestre de cette année : 0% dans la zone euro, 0% en France, -0,2% en Italie, et même -0,2% en Allemagne !! « La reprise sur le Vieux Continent est au point mort » sous-titrait l’article. Même si l’Espagne (+0,6%) et le Royaume-Uni (+0,7% de mémoire) connaissent des tendances différentes (il faut voir où l’Espagne est tombée avec 25% de chômeurs notamment).

Bref, les nouvelles macro-économiques, à l’échelle du pays et aussi de l’Europe, sont très mauvaises : la crise est bel et bien là. Mais pas à Carnac !!

Ce parallèle entre une région balnéaire de Bretagne en plein mois d’août et les résultats macro-économiques en berne aux niveaux français et européen peut être discuté. Pour ma part, je pense au contraire que ce parallèle dessine un enseignement essentiel de la situation économique et sociale actuelle. La plus grande crise économique et sociale que le monde connaît depuis la crise de 1929 est bien à l’œuvre en France et la misère continue de progresser. Mais nous avons là l’effet principal de la crise : l’explosion des inégalités avec une France qui se coupe en deux. D’un côté les protégés de la crise, voire certains qui profitent de la crise et qui continuent de s’enrichir encore plus vite (Cf. Libération de ce jour sur les distributions de dividende des grands groupes français) ; d’un autre côté, tous les autres qui subissent la crise de plein fouet et qui n’ont pas de moyens de s’en sortir seuls. Comme disent les anglo-saxons, d’un côté les « insiders » et de l’autre côté les « outsiders ».

Et bien cette crise est en fait une crise des inégalités : inégalités sociales, culturelles, économiques. Il n’a sans doute jamais été aussi difficile d’être du côté des « outsiders » tellement le fossé avec les insiders s’est creusé pendant la crise.

Pour lutter contre cette explosion inégalitaire, il est plus que temps de ré-orienter nos politiques de Gauche, en France d’abord et en Europe ensuite. Il faut ré-inventer un nouveau modèle de société avec une base simple : le partage.