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Le paradoxe agricole français

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1000 tracteurs convergent aujourd’hui sur la capitale ; 1000 tracteurs pour signifier, une fois de plus, le malaise des agriculteurs de notre pays.
Elément essentiel de notre quotidien puisqu’ils produisent nos denrées, élément essentiel aussi d’aménagement des territoires, il nous faut prendre soin de notre agriculture et des agriculteurs qui la composent.
Néanmoins, avec ces nouvelles crises qui secouent le secteur, nous sommes devant un paradoxe agricole de premier ordre.

En effet, d’un côté, nous avons une population agricole historiquement conservatrice dans ses votes (80% des intentions de vote au premier tour des dernières élections présidentielles pour les partis de droite !!) ; une population qui soutient donc majoritairement les programmes libéraux de la droite française. D’un autre côté, nous avons ces mêmes agriculteurs qui critiquent les baisses de prix des différents marchés (porc, lait…), baisses de prix qui les asphyxient mais qui sont les résultats directs des politiques néo-libérales mondiales et européennes en particulier (la fameuse concurrence libre et non faussée !!! : comment une concurrence peut-elle être libre et non faussée en même temps avec près de 30 pays n’ayant aucune harmonisation fiscale ou sociale???).

Ce paradoxe agricole français est symbolisé par le principal syndicat de la profession, la FNSEA. A sa tête, l’un des plus grands producteurs céréaliers d’Europe, PDG du groupe AVRIL qui réalise plus de 7 milliards de chiffre d’affaire. Derrière ce président, la grande majorité des agriculteurs (je préfère paysans), à la tête d’exploitations de taille raisonnable on va dire, se retrouve pris au piège de ce paradoxe. Tous ces paysans soutiennent indirectement un système d’agriculture intensif, comme l’a trop bien réussi l’industrie agricole céréalière qui se porte bien, alors qu’ils vivent eux-même dans un système organisé en structures de tailles beaucoup plus petites.

Regardons la crise du porc. Un des éléments de la crise actuelle vient de l’embargo russe sur la viande de porc – embargo qui entraîne une chute de la demande et donc une crise de surproduction et une chute des prix. Mais la question de fond est la suivante : est-il logique et soutenable qu’un porc breton soit vendu à 4000 km de son lieu d’élevage ? Est-ce qu’un tel modèle est soutenable économiquement, écologiquement, socialement ?

La vraie question qui est posée par les crises agricoles actuelles est une question de fond : acceptons-nous un modèle pour la production de denrées alimentaires qui soit basé sur le tout intensif (à la mode céréalière) ou posons-nous les bases d’une autre agriculture, locale, en circuit court, mettant la qualité avant la quantité ?

Accepter le modèle intensif viendrait à accepter le développement des filières d’industrie agricole comme la ferme des milles vaches ; des usines à vaches laitières, des usines à viande… Avec toutes les conséquences en termes de qualité des produits, de santé des populations, de vie des animaux, d’aménagements des territoires, d’écologie, de biodiversité…

L’agriculture est en fait un bon exemple du choix de société qui est devant nous : où nous acceptons cette marchandisation à l’échelle mondiale avec des poulets français vendus en Afrique du sud, en asie où nous cherchons à construire un autre modèle.

Je pense que nous avons à construire ce nouveau modèle, un modèle de prospérité mettant le développement écologique, social, humain, au coeur du processus. Un tel modèle nécessite une remise en cause profonde du modèle capitaliste néo-libéral dominant.

C’est un projet de grande ampleur qui pourrait aussi être l’occasion de re-définir cette mire, ce phare, cet objectif commun partagé, qui donne une direction à nos sociétés et qui manque aujourd’hui cruellement.

Suppression de la piste cyclable route du Coin : le retour des conservateurs, en quatre actes

En cette fin de vacances de Toussaint, les saint-chamonaises et les saint-chamonais qui passent par le secteur de la route du Coin où les adeptes de la pratique du vélo en ville l’auront remarqué : la piste cyclable de la route du Coin a disparu. Loin d’être anecdotique, cette décision de la nouvelle municipalité saint-chamonaise témoigne du retour des conservateurs aux destinées de notre ville.

Le choix de la suppression de cet aménagement cyclable est un acte de conservateurs pour au moins quatre raisons.

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Premièrement, la réalisation de cette piste cyclable, route du Coin, était un marqueur de la municipalité de Gauche. Cette réalisation, menée en début de mandat, avait en effet été portée d’une manière différente de ce qu’avait connu notre ville sous les mandatures précédentes. Nous avions pris le temps de la concertation, de l’échange. Une commission spécifique avait été créée concernant les aménagements cyclables ; commission comprenant des représentants d’associations de pratique de vélo, des jeunes du conseil municipal des jeunes, des représentants des services techniques de la ville et des élus. Comme à chaque fois avec la concertation, tout n’avait pas été « linéaire », simple ; de nombreux allers retours avaient été nécessaires pour finalement donner naissance à ce projet.

La suppression de cet aménagement cyclable est donc un acte politique de la nouvelle municipalité qui affiche ainsi sa position de puissance et envoie un signal clair aux conservateurs de la ville qui s’étaient alors mobilisés contre le projet.

Ensuite, cette suppression de piste cyclable est un acte conservateur car elle témoigne du recul de la majorité municipale sur le programme ambitieux que nous avions mis en place en termes de développement durable. L’opposition de l’époque n’avait eu cesse de critiquer, systématiquement et de façon parfaitement stérile, tous nos projets en matière d’aménagements cyclables. De façon globale, tous nos projets mettant en avant le développement durable de Saint-Chamond étaient alors moqués par les oppositions fragmentées d’alors : PLU, Agenda 21 local, biodiversité, déplacements doux… toutes ces thématiques étaient systématiquement raillées lors des débats en conseil municipal et faisaient l’objet d’attaques virulentes relayées dans la presse.

La municipalité en place réinstaure le système qui avait prévalu entre 1989 et 2008 : un frein à toutes les initiatives innovantes.

Saint-Chamond va se remettre à ronronner : défaire, défaire sans cesse tout ce qui pourrait représenter un acquis pour le bien vivre ensemble à Saint-Chamond, surtout si cet acquis concerne les plus fragiles. Car notre programme de déplacements vélos était aussi un programme à vocation sociale : les déplacements en vélo, en ville, sont aussi un façon de diminuer les coûts de nos déplacements. Coûts qui doivent passer très loin des préoccupations des nouveaux élus de la majorité.

Pour continuer, la suppression de cette piste cyclable est un acte de conservateurs car elle fait la part belle aux utilisateurs des établissements scolaires de la route du Coin. La municipalité soigne ainsi son électorat le plus conservateur en lui rendant l’accès aux classes en voiture – demande qui avait fait l’objet de vifs échanges lors de l’installation de la piste cyclable. Les parents pourront à nouveau venir stationner – légalement – devant les entrées de classe, comme ils avaient continué à le faire – illégalement – en stationnant ostensiblement sur la piste cyclable à chaque entrée/sortie d’école. Les riverains vont sans doute apprécier le retour du ballet incessant de véhicules devant les entrées et sorties de garage.

Enfin, la méthode employée pour cette suppression constitue aussi un acte conservateur. Il s’agit d’une décision, sans aucune concertation, ni même information, des élus, des associations qui avaient travaillé sur le dossier, des riverains. La vision « démocratique » de l’équipe municipale est en elle-même éloquente : centralisation et opacité extrêmes des prises de décisions. Le fait du prince. A l’heure où la question du financement public devient critique, que dire des conséquences financières de cette suppression ? La piste cyclable route du Coin avait représenté un investissement de l’ordre de 100 000 €, subventionné par la région Rhône-Alpes. Quel est le coût des travaux réalisés cette semaine ? Quelle conséquence vis-à-vis de la crédibilité d’une municipalité qui détruit une installation de moins de 5 ans ? Cette nouvelle décision hâtive, dogmatique, n’intègre pas ces éléments, puisqu’il n’y a pas eu réflexion : le fait du prince.

Voilà illustré, en quatre actes, autour d’un exemple précis, le retour du conservatisme à l’état pur à Saint-Chamond : un règlement de comptes politicien, un trait sur le développement durable (dans ses dimensions écologique, sociale et participative), un blanc-seing envoyé aux forces conservatrices de la ville, une méthode de décision autoritaire.

Nous continuerons de dénoncer et de combattre un à un les actes de cette politique conservatrice qui va laisser place, petit à petit, à une ville fragmentée, sans projet d’ensemble, mais au service des puissants locaux.

PIB de la France de 1950 à 2013 : vers un nouveau paradigme pour la Gauche

Voici présentés ci-dessous deux graphiques donnant l’évolution du PIB de la France depuis 1950.

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Le premier graphique est issu des données que l’on trouve sur le site de l’INSEE et il présente l’évolution annuelle du PIB en %. Dans le second graphique, j’ai tracé, à partir des premières données, la même évolution (PIB en fonction du temps depuis 1950) mais en moyennant les valeurs de PIB annuel par décennie. Cette approche permet de présenter de façon encore plus claire le résultat.

Voilà sans doute pourquoi tous les programmes politiques depuis 40 ans sont des échecs : notre modèle de développement est basé exclusivement sur un principe de croissance (elevée) du taux de PIB annuel.

Or, depuis près de 40 ans (les faits sont là) la croissance en France n’a cessé de diminuer passant de près de 6% (en moyenne !!) dans les années 1960 à 4,2% dans les années 1970, pour atteindre 2,3% dans les 1980, puis 1,9% dans les années 1990 et 1,3% par an dans les années 2000. Depuis le début des années 2010, sans compter 2014 où nous sommes à 0% depuis le début de l’année, la moyenne est à 1% de croissance du PIB par an.

Ces deux graphiques montrent clairement que la croissance après laquelle on nous fait courir est en diminution continue depuis près de 50 ans et « faible » (moins de 2% par an en moyenne) depuis les années 1990 (c’est-à-dire près de 25 ans).

Nous pourrions cantonner ces variations de taux de PIB à des variations d’un indice un peu flou, un peu lointain de nos préoccupations quotidiennes mais le problème principal est que tout notre modèle de développement est basé sur ce fameux taux de croissance. Donc depuis 40 ans, nous courrons après quelque chose qui, structurellement, et peut-être même mécaniquement, est orienté à la baisse jusqu’à tendre vers des valeurs de 1% par an (ce qui n’est déjà pas si mal mais nous y reviendrons plus tard).

Voilà sans doute une des raisons premières, pour moi, qui justifie de l’urgence de réfléchir à une organisation nouvelle de nos rapports sociaux, économiques, politiques, en intégrant le fait que dans nos pays « développés » les besoins de croissance matérielle, au sens strict du PIB, ne peuvent être aussi forts qu’ils l’ont été pendant les 30 glorieuses.

Il est nécessaire de se pencher sur un modèle de développement visant à atteindre une prospérité pour tous avec une croissance faible : voilà ce qui devrait être notre nouveau paradigme de Gauche.

28/08/2014 : 3 jours de Valls 2

28/08/2014 : Voilà 3 jours que le gouvernement Valls 1 a démissionné ; en 24 heures chrono Valls 2 est né. MM. Hollande et Valls ont voulu affirmer leur autorité suite aux déclarations de M. Montebourg les jours précédents. Une « ligne jaune » avait été franchie la veille par Arnaud Montebourg lors de son rendez-vous d’été à Frangy-en-Bresse, d’après un communiqué de Matignon. Voilà donc 2 jours que le gouvernement Valls 2 a été nommé et le ton est donné : Valls acclamé à l’université d’été du MEDEF, le nouveau ministre de l’économie, 36 ans, unanimement flamboyant d’après les médias, annonce, dans un entretien au Point, être favorable à l’extension des dérogations à la règle des 35 heures – moyennant accord avec les représentants des personnels quand même. Le ton est donné, le virage amorcé ostensiblement lors des vœux du Président de le République de ce début d’année, puis amplifié lors de la présentation du pacte de responsabilité (14 janvier 2014 : c’est allé vite !!)) (déjà pensé par le même M. Macron) s’est transformé avec l’arrivée de Valls 1 et puis aujourd’hui de Valls 2 en une espère ce « coming-out » social-libéral. M. Hollande avait affirmé devant la presse son penchant social-démocrate, c’était une première étape. Aujourd’hui, M. Hollande assume clairement une ligne politique dite sociale-libérale. A y regarder de près, les différences avec les approches économiques de la droite républicaine sont de plus en plus ténues. Bien malin celui qui serait capable de faire la différence aujourd’hui entre les propos de M. Valls et un quelconque ministre issu des rangs de la droite. Je sais, il n’est plus très en vogue de faire la distinction gauche-droite mais j’y tiens.

MM. Hollande et Valls ont préempté les votes de leur électeurs de 2012. Ils sont en train de tuer ce qui restait du Parti Socialiste. S’ils parviennent à affaiblir (peut-être de façon irrémédiable) le PS, ils ne pourront jamais tuer l’idée de la Gauche : l’égalité, la justice sociale. Le Parti Socialiste n’appartient ni à M. Hollande, ni à M. Valls. Le Parti Socialiste est le bien de ses militants. A nous militants du Parti Socialiste de reprendre en mains les destinées de notre Parti. Pour cela, il faut réunir un congrès dans les temps prévus par les statuts du parti (à mi-mandat), ouvrir les espaces de discussions, de débats, d’échanges. A nous de montrer que la gauche socialiste est vive, décomplexée, créative, porteuse d’un nouveau projet de société, plus juste, plus égalitaire, au chevet des plus faibles que le capital exclut. A nous de ré-inventer le projet socialiste.

Carnac, août 2014 : une enclave à la crise ?

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Cette année, pour les vacances d’été en famille, nous avons choisi de découvrir la Bretagne ou plutôt une partie de la Bretagne. Après quelques heures de recherche sur internet, nous avons fini par trouver un camping familial, à prix abordable et dans une partie de Bretagne qui nous permettait de rester en dessous des 10 heures de route. Nous nous sommes ainsi retrouvés en ce début du mois d’août 2014 dans le village de Carnac, dans le Morbihan.

Au passage, pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une très belle région où nous avons découvert de magnifiques paysages, mêlant océan bien sûr, côte sauvage, balade sur les plages, sites préhistoriques…

Un autre aspect de la région de Carnac m’a aussi interpellé. En effet, cela faisait longtemps que je n’avais pas rencontrer autant d’embouteillages aux entrées et sorties de plage : des centaines, des milliers de voitures affluaient ainsi chaque jour, que ce soit sur la presqu’île de Quiberon, sur la baie de Quiberon à Carnac où dans les autres communes alentours. Un flux et reflux au rythme des grandes marées de l’année en quelque sorte. Bref, beaucoup, beaucoup de monde. Un article du quotidien local titrait d’ailleurs en substance : « Saint-Pierre : bon bilan pour le tourisme ». En allusion à Saint-Pierre de Quiberon, un village situé sur la presqu’île, juste avant Quiberon. Lorsque les professionnels tirent eux-mêmes de bons bilans en début de mois d’août, cela laisse habituellement présager que les scores enregistrés sont mêmes très bons.

Bien sûr, cela reste empirique mais j’ai quand même pris le temps d’observer : que ce soit les terrasses de restaurants, les files d’attente devant les marchands de glaces, les files d’attente pour prendre les bateaux pour aller visiter Belle-île : le succès m’a semblé incroyable. Les terrasses de restaurant, à Carnac-Plage, à Quiberon, étaient bondées tous les après-midi, avec des gens sirotant des cocktails, mangeant des glaces ou de copieux plateaux de fruits de mer, à toute heure de l’après-midi. Idem devant les marchands de glaces : des files de dizaines de personnes attendant pour s’offrir une sucrerie glacée malgré les températures faibles pour la saison. Les allers et venues des bateaux pour Belle-île étaient également éloquents : des bateaux toutes les 30 minutes environ, bondés, partaient et revenaient de l’île. Alors, certes, il paraît que la visite de l’île vaut le coût. Après avoir recherché les meilleures offres pour la traversée, nous n’avons rien trouvé à moins de 20 euros par personne pour un aller-retour sur la journée. A six, nous avons fait le choix de rester sur le continent. Des milliers de personnes, chaque jour, déboursaient donc la somme minimale de 20 euros pour aller découvrir Belle-île. Prohibitif pour une grande partie des familles.

Les vacances sont pour moi un moment privilégié de lecture de presse. Et donc, dans le même temps que je constatais cette foule immense de vacanciers qui consommaient des restaurants, des glaces, du bateau, je lisais la presse nationale. Un jour, un article donnait les derniers chiffres des départs en vacances pour cette année : 47% des français ne partiront pas en vacances cet été. C’est-à-dire presque un français sur deux, restera à la maison pendant ces 2 longs mois d’été. En extrapolant, cela signifie que près d’un enfant sur deux n’aura (presque) rien à raconter à ces camarades de classe à la rentrée, n’aura pas enrichi son « paquetage » culturel ; un enfant sur deux sera resté de l’autre côté de la crise, du côté où l’on ne consomme pas, du côté où l’on ne part pas en vacances. Cet état de fait est un terrible amplificateur d’inégalités.

Un autre jour, un autre article revenait sur les taux de croissance de la zone euro et de différents pays de la zone pour le deuxième trimestre de cette année : 0% dans la zone euro, 0% en France, -0,2% en Italie, et même -0,2% en Allemagne !! « La reprise sur le Vieux Continent est au point mort » sous-titrait l’article. Même si l’Espagne (+0,6%) et le Royaume-Uni (+0,7% de mémoire) connaissent des tendances différentes (il faut voir où l’Espagne est tombée avec 25% de chômeurs notamment).

Bref, les nouvelles macro-économiques, à l’échelle du pays et aussi de l’Europe, sont très mauvaises : la crise est bel et bien là. Mais pas à Carnac !!

Ce parallèle entre une région balnéaire de Bretagne en plein mois d’août et les résultats macro-économiques en berne aux niveaux français et européen peut être discuté. Pour ma part, je pense au contraire que ce parallèle dessine un enseignement essentiel de la situation économique et sociale actuelle. La plus grande crise économique et sociale que le monde connaît depuis la crise de 1929 est bien à l’œuvre en France et la misère continue de progresser. Mais nous avons là l’effet principal de la crise : l’explosion des inégalités avec une France qui se coupe en deux. D’un côté les protégés de la crise, voire certains qui profitent de la crise et qui continuent de s’enrichir encore plus vite (Cf. Libération de ce jour sur les distributions de dividende des grands groupes français) ; d’un autre côté, tous les autres qui subissent la crise de plein fouet et qui n’ont pas de moyens de s’en sortir seuls. Comme disent les anglo-saxons, d’un côté les « insiders » et de l’autre côté les « outsiders ».

Et bien cette crise est en fait une crise des inégalités : inégalités sociales, culturelles, économiques. Il n’a sans doute jamais été aussi difficile d’être du côté des « outsiders » tellement le fossé avec les insiders s’est creusé pendant la crise.

Pour lutter contre cette explosion inégalitaire, il est plus que temps de ré-orienter nos politiques de Gauche, en France d’abord et en Europe ensuite. Il faut ré-inventer un nouveau modèle de société avec une base simple : le partage.

François Hollande : un an à l’Elysée

Il y a un an, la Gauche française fêtait son retour à la tête du pays après dix longues années de gouvernements et de présidences de droite. Dix ans après le 21 avril 2002, François Hollande a redonné espoir à tout un peuple de Gauche.

Il faut dire que nous venions de loin. Le quinquennat de Jacques Chirac avait vu monter en puissance Nicolas Sarkozy qui était arrivé en position idéale pour remporter l’élection présidentielle de 2007. La période 2002-2012 aura finalement été une période de près de 10 ans sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy (Président de l’UMP), ministre de l’intérieur, puis des finances et ensuite Président de la République française.

Si il y a un élément marquant de cette première année de Présidence de François Hollande, qui n’est certes pas suffisant mais qu’il est néanmoins nécessaire de rappeler, c’est la rupture totale avec le style précédent. Qu’on le veuille ou non, François Hollande a redonné une stature à la fonction Présidentielle. Il faut se rappeler les phrases à l’emporte pièce, les insultes envers les citoyens français, le comportement agressif du plus haut représentant de notre pays sous l’ère de Nicolas Sarkozy.

Aujourd’hui, tout cela est bel et bien terminé. Dans les temps particulièrement difficiles que nous traversons, nous avions besoin d’apaisement, et François Hollande a apaisé la Présidence. Bien évidemment, cela n’est pas suffisant mais apporter au plus haut sommet de l’Etat, de l’apaisement, de la tranquillité, c’est aussi apporter un certain bien-être chez chacun d’entre nous, une façon de faire, de débattre, d’échanger, qui soit plus respectueuse des uns et des autres.

Les crises sociales, économiques, écologiques, politiques que nous traversons sont majeures. La Présidence « normale » est une condition nécessaire pour les affronter mais non suffisante. Pour cela, le Président de la République devra savoir entendre sa base et notamment les militants du Parti Socialiste.

Pour en finir avec l’austérité

N’en déplaise aux fanatiques de l’austérité, l’étude récente de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), citée dans l’édition de mars 2013 d’Alternatives Economiques, montre que le déficit budgétaire de la France provient à environ 75% de la crise actuelle et non pas d’un dysfonctionnement global des finances publiques. Dit autrement, le déficit structurel calculé selon l’OCDE est de l’ordre de 1%, alors que le déficit dû à la crise est de l’ordre de 3,5%. Ce déficit de 1% signifie que les comptes publics, si l’on ne prend pas en compte la crise économique majeure dans laquelle nous sommes plongés depuis près de 5 ans, sont quasiment déjà à l’équilibre.

OCDEdeficitAlternatives Economiques, mars 2013

Le très contesté Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) distingue les déficits conjoncturels et structurels et la sacro-sainte règle des 3% de déficit du PIB peut être « assouplie » dans le cas de déficit conjoncturel. L’OCDE nous fait donc la preuve que les efforts consentis par les français ont permis de ramener le déficit « de fond » proche de 0. Il est donc grand temps d’arrêter de serrer la vis de l’austérité et donc de relâcher les contraintes budgétaires qui nous entraînent dans le cercle vicieux de la récession.

A l’heure du changement climatique accéléré, de la pénurie de logements en France… les grands projets d’avenir ne manquent pourtant pas. Seul le carcan ultra-libéral de la commission européenne peut encore justifier un tel non-sens.