Archives mensuelles : septembre 2014

A ce prix-là, pas la peine de s’en priver !!

C’est la réponse de l’adjoint à l’urbanisme de Saint-Chamond à notre question sur sa vision du poste d’adulte relais à Saint-Julien : un brin surréaliste !

Ci-dessous, le texte de mon intervention à ce sujet lors du conseil muncipal du 15 septembre dernier.

Il y a trois ans, lorsque nous avons mis en route la réhabilitation du quartier de Saint-Julien, nous avons souhaité mettre en place, au-delà de la réhabilitation stricte (en terme de bâtiments, de voirie, d’urbanisme), une démarche soutenue sur l’accompagnement humain et le rôle des habitants dans toutes ces requalifications.

Nous avions créé les conseils de quartier, et les habitants de Saint-Julien se sont appropriés ce projet qui a été partagé, concerté. Pour aller encore plus loin dans la participation des habitants, dans l’objectif de créer du lien, nous avons créer un lieu unique de rencontres, d’échanges, de discussion : le carrefour de la réhabilitation. Situé en plein cœur du quartier de Saint-Julien son objectif était clairement d’être en contact permanent avec la population. Pour faire vivre ce carrefour de la réhabilitation, nous avons décidé d’y adosser une personne, en charge d’accueillir les habitants du quartier, de prendre en compte leurs interrogations, de les renseigner sur les travaux à venir.

Le travail qui a été fait par la personne dans le cadre de ce poste d’adulte-relais a été salué par tous. Je pense que nous pouvons à nouveau nous réjouir de la réussite complète de la mission qui avait été confiée à cette personne. Au fil du temps, ce relais de terrain est devenu un point d’ancrage important au cœur du quartier. Plusieurs centaines de visites d’habitants ont été recensées au carrefour de la réhabilitation.

La mission de cet adulte-relais a également consisté à créer une interface entre l’OPH, la ville et tous les habitants. Cette mission a également été très bien menée.

Créer ce poste il y a 3 ans, dédier un appartement en cœur de quartier pour la réhabilitation, c’était une vraie innovation avec une prise de risque quant à la réussite du projet. Trois ans plus tard, la réussite est là et nous pouvons tous nous en réjouir.

Il n’était pas acquis que ce poste puisse être reconduit. Je pense que le travail que nous avons effectué en préparant le nouveau contrat de ville a apporté la preuve que notre démarche sur le quartier était la bonne.

La reconduite de ce poste est donc une très bonne chose sur le principe. Mais ce poste en soi, n’a pas d’intérêt s’il n’est pas porté par une vision politique claire du rôle que l’on en attend, si l’on n’a pas une vision claire de la contribution des habitants.

A ce sujet, nous avons quelques craintes pour l’avenir.

Je prends un exemple. Nous avons bâti, patiemment, un projet d’aménagement de l’espace de Gourperrona. Ce projet a été véritablement co-construit par les habitants dans le cadre du conseil de quartier et aussi avec l’appui du travail de terrain de l’adulte-relais et du centre social de Saint-Julien. Le résultat est à la hauteur ; Gourperrona a retrouvé un rôle d’espace public, ouvert à tous et la qualité de vie du quartier s’en est améliorée.

Les habitants ont été associés du début à la fin de ce projet d’aménagement de Gourperrona. Et bien, nous avons été choqués M. le maire par la brutalité qui a été la vôtre lorsque vous avez supprimé cet été les deux barbecues qui avaient été installés sur l’espace.

Votre décision a été prise sans même informer les habitants du quartier, les conseillers de quartier, le centre social qui avaient pourtant tous passé beaucoup de leur temps à définir ce beau projet.

La façon dont vous avez décidé, seul, le démontage de ces barbecues témoigne de votre vision du rôle des habitants.

L’espace n’avait pas encore été ouvert lorsque les barbecues ont été enlevés. On ne peut même pas parler de nuisances.

Votre décision est regrettable car elle renie le travail mené par les habitants, les conseillers de quartier, le centre social, alors que l’on connaît la difficulté de fédérer.

La concertation, l’échange, le dialogue avec les habitants nécessitent une façon de faire de la politique au quotidien différente de ce que l’on a pu connaître par le passé.

Nous pensons réellement que cette expérience des barbecues méritait d’être menée, là aussi avec les habitants. Vous avez coupé court à ce qui aurait pu être un bon exemple de vivre-ensemble.

Ce fameux « vivre-ensemble » que tout le monde appelle plus ou moins de ses vœux n’a pas le même sens pour les uns et les autres.

Notre groupe votera cette délibération mais souhaite attirer votre attention sur la nécessité du sens que vous mettrez dans les missions de cet adulte-relais. Le poste en soi n’aura aucun intérêt si vous ne portez pas une vision claire du vivre ensemble sur le quartier de Saint-Julien.

Conseil municipal du 15 septembre : une motion contradictoire pour le maire UMP

Voici le texte de la motion proposée ce lundi soir en début de conseil municipal :

Motion de soutien à l’action de l’AMF pour alerter solennellement les pouvoirs publics

sur les conséquences de la baisse massive des dotations de l’Etat

Les collectivités locales, et en premier lieu les communes et leurs intercommunalités, risquent d’être massivement confrontées à des difficultés financières d’une gravité exceptionnelle. Dans le cadre du plan d’économies de 50 milliards d’euros qui sera décliné sur les années 2015-2017, les concours financiers de l’Etat sont en effet appelés à diminuer :

-de 11 milliards d’euros progressivement jusqu’en 2017,

-soit une baisse cumulée de 28 milliards d’euros sur la période 2014-2017.

Dans ce contexte, le Bureau de l’AMF a souhaité, à l’unanimité, mener une action forte et collective pour expliquer de manière objective la situation et alerter solennellement les pouvoirs publics sur l’impact des mesures annoncées pour nos territoires, leurs habitants et les entreprises. L’AMF, association pluraliste forte de ses 36.000 adhérents communaux et intercommunaux, a toujours tenu un discours responsable sur la nécessaire maîtrise des dépenses publiques ; aussi, elle n’en est que plus à l’aise pour dénoncer cette amputation de 30% de nos dotations. Quels que soient les efforts entrepris pour rationaliser, mutualiser et moderniser l’action publique locale, l’AMF prévient que les collectivités ne pourront pas absorber une contraction aussi violente de leurs ressources.

En effet, la seule alternative sera de procéder à des arbitrages douloureux affectant les services publics locaux et l’investissement du fait des contraintes qui limitent leurs leviers d’action (rigidité d’une partie des dépenses, transfert continu de charges de l’Etat, inflation des normes, niveau difficilement supportable pour nos concitoyens de la pression fiscale globale).

La commune de Saint-Chamond rappelle que les collectivités de proximité que sont les communes et leurs intercommunalités sont, par la diversité de leurs interventions, au cœur de l’action publique pour tous les grands enjeux de notre société :

-elles facilitent la vie quotidienne de leurs habitants et assurent le « bien vivre ensemble » ;

-elles accompagnent les entreprises présentes sur leur territoire ;

-enfin, elles jouent un rôle majeur dans l’investissement public, soutenant ainsi la croissance économique et l’emploi.

La diminution drastique des ressources locales pénalisera à terme nos concitoyens, déjà fortement touchés par la crise économique et sociale et pourrait fragiliser la reprise pourtant indispensable au redressement des comptes publics.

En outre, la commune de Saint-Chamond estime que les attaques récurrentes de certains médias contre les collectivités sont très souvent superficielles et injustes.

C’est pour toutes ces raisons que la commune de Saint-Chamond soutient les demandes de l’AMF :

-réexamen du plan de réduction des dotations de l’Etat,

-arrêt immédiat des transferts de charges et des mesures normatives, sources d’inflation de la dépense,

-réunion urgente d’une instance nationale de dialogue et de négociation pour remettre à plat les politiques publiques nationales et européennes impactant les budgets des collectivités locales.

Voici le texte de notre intervention, pointant les contradictions avec les positions officielles de l’UMP et les questions de fond non abordées par cette motion restrictive :

Monsieur le maire, la motion de l’Association des Maires de France que vous nous proposez ce soir a été présentée et adoptée dans un grand nombre de municipalités.

Toutes les communes sont unanimes pour dire que la réduction des déficits en cours risque d’être une catastrophe pour les territoires (rappelons que 75% des investissements publics sont réalisés par les collectivités locales).

Le point très discutable de ce type de motion est que l’on aborde un problème général, global (le financement public) à travers une approche très réduite, très restrictive.

En effet, les maires sont tous plus ou moins d’accord pour dire « touche pas à mon budget » ; cela paraît assez instinctif. Mais en y regardant de plus près, le problème est quand même un peu plus complexe. C’est toute la question de l’organisation de notre société qui est posée finalement en arrière-plan de ce vœu : quelle place pour les financements publics ? quels niveaux d’imposition ? quel degré de répartition des richesses ? quelle vitesse dans la diminution des déficits publics ? quels moyens pour réduire la dette publique ?

On peut tous faire des vœux sur le maintien, la diminution, l’augmentation d’enveloppes budgétaires mais cela n’a pas de sens si l’on ne pose pas les questions de fond. C’est la limite forte de cette motion.

Par exemple, sans vouloir entrer dans la polémique, le plan d’économie que vous pointez, porté par le gouvernement actuel est de 50 milliards d’euros. Mais votre parti politique, l’UMP, à travers son délégué général au projet (Hervé Mariton), a proposé, il y a quelques semaines, son plan d’économie : il est de 130 milliards d’euros dont 20 milliards pour les collectivités, donc quasiment le double de ce qui est pointé dans la motion de ce soir.

Donc, vous voyez la situation : vous êtes en train de nous proposer une motion qui prévoit d’après vous trop de réduction budgétaires et en même temps, votre propre parti propose un plan de réduction 3 fois plus sévère !! On est un peu dans l’absurde !!

Ceci étant dit, nous pensons que l’austérité budgétaire actuellement mise en place partout en Europe, est une faute politique lourde. Il est nécessaire de maintenir un niveau d’investissement public important sur nos territoires : ceci pour activer l’économie locale mais surtout pour créer des services publics de qualité, pour tous, sur tous les territoires.

Nous souhaitons proposer quelques modifications à cette motion :

Tout d’abord, nous souhaiterions qu’une phrase apparaisse sur la nécessité de services publics forts sur tous les territoires : « La commune de Saint-Chamond réaffirme la nécessité de disposer de services publics forts (hôpital local…) et présents sur l’ensemble du territoire. » Cela aurait le mérite de la clarté.

Nous souhaitons également que la phrase qui dit : « En outre, la commune de Saint-Chamond estime que les attaques récurrentes de certains médias contre les collectivités sont très souvent superficielles et injustes. » soit supprimée. Nous ne voyons pas trop ce que cette phrase qui vient porter un jugement sur le travail des journalistes et des médias vient faire dans cette motion.

Enfin, nous proposons de supprimer la référence aux mesures normatives en fin de motion. En effet, là aussi, le sujet est complexe il est délicat de résumer cette question en deux mots. Il existe certes des risques de dérive mais de nombreuses réglementations sont également des gages de qualité (environnement, droit du travail…).

Voilà M. le maire, en guise de conclusion, nous disons qu’une telle motion, en dehors d’un contexte beaucoup plus global, ne présente pas de grand enjeu.

Ceci dit, si le conseil municipal souhaite prendre en compte nos propositions de modifications, nous voterons cette motion modifiée.

 

Monsieur le maire n’ayant souhaité intégré aucune de nos propositions, nous nous sommes abstenus.

 

 

PIB de la France de 1950 à 2013 : vers un nouveau paradigme pour la Gauche

Voici présentés ci-dessous deux graphiques donnant l’évolution du PIB de la France depuis 1950.

PIB_France1950_2012

PIBFrance-decennies

Le premier graphique est issu des données que l’on trouve sur le site de l’INSEE et il présente l’évolution annuelle du PIB en %. Dans le second graphique, j’ai tracé, à partir des premières données, la même évolution (PIB en fonction du temps depuis 1950) mais en moyennant les valeurs de PIB annuel par décennie. Cette approche permet de présenter de façon encore plus claire le résultat.

Voilà sans doute pourquoi tous les programmes politiques depuis 40 ans sont des échecs : notre modèle de développement est basé exclusivement sur un principe de croissance (elevée) du taux de PIB annuel.

Or, depuis près de 40 ans (les faits sont là) la croissance en France n’a cessé de diminuer passant de près de 6% (en moyenne !!) dans les années 1960 à 4,2% dans les années 1970, pour atteindre 2,3% dans les 1980, puis 1,9% dans les années 1990 et 1,3% par an dans les années 2000. Depuis le début des années 2010, sans compter 2014 où nous sommes à 0% depuis le début de l’année, la moyenne est à 1% de croissance du PIB par an.

Ces deux graphiques montrent clairement que la croissance après laquelle on nous fait courir est en diminution continue depuis près de 50 ans et « faible » (moins de 2% par an en moyenne) depuis les années 1990 (c’est-à-dire près de 25 ans).

Nous pourrions cantonner ces variations de taux de PIB à des variations d’un indice un peu flou, un peu lointain de nos préoccupations quotidiennes mais le problème principal est que tout notre modèle de développement est basé sur ce fameux taux de croissance. Donc depuis 40 ans, nous courrons après quelque chose qui, structurellement, et peut-être même mécaniquement, est orienté à la baisse jusqu’à tendre vers des valeurs de 1% par an (ce qui n’est déjà pas si mal mais nous y reviendrons plus tard).

Voilà sans doute une des raisons premières, pour moi, qui justifie de l’urgence de réfléchir à une organisation nouvelle de nos rapports sociaux, économiques, politiques, en intégrant le fait que dans nos pays « développés » les besoins de croissance matérielle, au sens strict du PIB, ne peuvent être aussi forts qu’ils l’ont été pendant les 30 glorieuses.

Il est nécessaire de se pencher sur un modèle de développement visant à atteindre une prospérité pour tous avec une croissance faible : voilà ce qui devrait être notre nouveau paradigme de Gauche.